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Rassurez-vous mesdames, nous n'allons pas vous envoyer seules au front. Si un quelconque responsable de l'ONEM nous lit, qu'il n'hésite pas à venir nous expliquer l'inexplicable. Nous laisserons ici la notion " d'emploi convenable ", nos stagiaires aimeraient juste en avoir un. Nous avons un souci avec les déplacements. Les demandeurs d'emploi doivent maintenant accepter un travail dans un rayon de soixante kilomètres. J'ai une proposition à vous faire, avant de débuter cette formation, venez vivre une petite expérience avec nous. Nous occupons un siège d'exploitation à Genappe, distant, en voiture, de 10 km de notre siège social de Nivelles. Nous vous invitons à travailler à Genappe le matin et à revenir à Nivelles, avec les TEC bien sûr. Si vous ne terminez pas votre séance quelques minutes plus tôt, vous passerez l'après-midi à Genappe car il n'y a plus de bus ! Vous imaginerez ainsi beaucoup mieux ce qu'il en est pour un demandeur d'emploi sans voiture. Faites gaffe, ne leur dites surtout pas d'acheter une voiture, il paraît qu'avec les allocations qu'ils reçoivent, surtout depuis le 1er novembre, c'est impossible. Certains formateurs de l'équipe, qui gagnent pourtant sensiblement plus, nous le confirment. Nous avons essayé de convaincre les stagiaires de déménager, d'aller habiter là où l'emploi foisonne. Ils prétendent que dans ces régions les loyers sont bien trop élevés et qu'avec ce qu'on leur verse, ils vont de plus en plus s'en éloigner.

 

 

 

Nous vous sentons encore réticentes. Le trac ? Une impression de solitude ? Et si les stagiaires posaient d'autres questions ? C'est vrai, ils ont des ressources, ils peuvent vous déstabiliser un formateur avec un plaisir non dissimulé ! Rassurez-vous, nous avons tout prévu !

Nous vous invitons Monsieur Steven Vanhackere. Qui, mieux que le Ministre des Finances peut animer un débat sur la fisca-lité ? En quoi il est efficace, juste, utile, de diminuer les allocations de chômage quand les plus grandes entreprises de ce pays ne paient pas d'impôt ? Pourquoi l'impôt sur la fortune n'est pas à l'ordre du jour ? Pourquoi il n'est pas question d'augmenter l'impôt sur les plus hauts revenus quand on bloque les salaires pour deux ans ?

Pas encore rassuré(e)s ? L'angoisse du formateur ? Le stress de la formatrice ? Vous avez peur de montrer une mauvaise image ? Vous voudriez montrer un profil plus..." social " ? Venez, travailleurs de Ford Genk, faire un petit tour en terre wallonne. Venez nous dire comme vous sentez la main tendue du politique à votre égard ? Venez nous expliquer les mesures que les décideurs veulent prendre pour vous tirer d'affaire. Vous avez oublié ? Déjà ! Alors, nous allons sortir la grosse artillerie, " The Formateur ".

Nous vous invitons Monsieur Alexander De Croo, notre bon Ministre des pensions. Vous allez expliquer à tous l'équité d'une augmentation de la fiscalité sur les prépensions et les revenus des chômeurs de longue durée. Nous voulons vous voir à l'œuvre, en formation, devant des gens qui vivent, qui rament, qui souffrent, pas dans les alcôves feutrées de vos partis, 
l'esprit embrumé par l'ivresse des profondeurs de l'abject ! Vous vous sentez seul ? Un courageux p'tit gars comme vous ! Nous vous invitons aussi Monsieur Michel Delbaere, le nouveau Président du VoKa, la fédération patronale flamande. Vous ferez un duo d'enfer avec Alexander De Croo. Vous expliquerez, droit dans les yeux de tous, comment vous instrumentalisez le drame des travailleurs de Ford Genk pour détricoter le droit du travail et la sécurité sociale. Sûrement pour notre bien, mû comme il se doit par votre fibre sociale. Vous expliquerez aussi en quoi le problème de Ford vient des socialistes de ce gouvernement. D'ailleurs, bons princes, nous vous invitons aussi Madame Sabine Laruelle, Ministre des Classes moyennes, des PME, des Indépendants et de l'Agriculture. Vous êtes à la culture politique ce que le cul-de-sac est aux Champs Elysées mais nous sommes impatients de savoir en quoi certains membres du gouvernement sont marxistes. En tant qu'équipe du " Centre Socialiste d'Education Permanente ", cela nous intéresse au plus haut point. Serions-nous débordés par une aile gauche ? Dans le gouvernement ? Damned !

Nous profitons également de ce panel de grosses pointures pour inviter Monsieur Peter Timmermans, directeur général de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique). Venez, Cher Monsieur, nous dire en quoi toutes ces mesures que nous ne comprenons pas bien doivent soutenir cette sacrosainte compétitivité qui nous échappe. Préparez bien votre intervention, faites rutiler vos outils car nous sommes très dubitatifs. Les médias nous ont récemment beaucoup parlé d'un homme 
" hypercompétitif " qui s'est poussé du col du Galibier sept années durant, fier comme un canari en rut, pour finalement s'écraser lamentablement au bas de la descente, sous la banderole de l'opprobre. Vous aussi, Monsieur Timmermans, avez droit à un Joker, un invité surprise, une vedette américaine. Nous vous voyons venir. Aborder la compétitivité signifie avec vous et vos compagnons de route cités plus haut, parler de l'index. Laissez nous donc inviter cette chère Christine Lagarde, la Présidente du Fonds Monétaire International (FMI). Elle pourra sûrement nous dire en quoi l'index est " obsolète " pour nous, chômeurs ou travailleurs et pas pour elle, qui a un salaire indexé et ne paie pas d'impôt car elle a un statut de diplomate.

Enfin, quand vous tous, brillants techniciens et visionnaires, nous aurez enfin éclairés, nous laisserons le mot de la fin à Monsieur Jean-Claude Marcourt. Vous voudrez bien expliquer à nos stagiaires en quoi les partis extrémistes, de droite et de gauche, sont un danger pour la démocratie. Nous vous demandons de leur dire en quoi les partis traditionnels mènent aujourd'hui une politique démocratique. Que sacrifier chaque jour un peu plus de monde pour le bien-être de quelques-uns est un choix démocratique. Franchement Monsieur Marcourt, les trente glorieuses paillettes d'or sont loin derrière nous, le pacte social est rompu depuis belle lurette, nous entendons toutes les nuits pleurer Jaurès et le peuple lui fait chaque jour plus souvent écho.

Chères lectrices, chers lecteurs, si vous n'êtes pas invités, n'en prenez pas ombrage. Nous en avons oublié plus d'un mais à tous les autres, qui se reconnaîtront, nous souhaitons une année 2013 de joie, de lutte et d'espérance.