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Préparation d’une journée de formation – octobre 2012

 

Formation à l’Education permanente … populaire = Formation à l’action politique
- revenir sur les valeurs et les méthodes, les démarches, les pratiques cousines
- repérer les secteurs et les associations où se développent de telles démarches
- accorder une place aux émotions et aux sentiments. Tous deux accompagnent nos actions et influencent nos pensées. Ce qui est courant, c’est de les contrôler ou de les refouler. Et si la peur avait aussi le droit de cité ? Même pas peur ! … ?

 

 

Bon, une des particularités de l’éducation populaire est de privilégier le vécu des gens. Cela exige de la part de l’animateur socioculturel de s’impliquer soi-même, de prendre contact, d’établir la confiance, de nouer une relation de proximité qui nécessite de s’inscrire dans la durée. Rares sont les professionnels qui n’en sortent pas déstabilisés voire transformés. Aujourd’hui, « il nous revient de prendre soin des gens, de prendre soin des uns et des autres. Il s’agit presque d’un travail de réparation ou de construction d’ un noyau suffisant de confiance en soi et dans les autres à faire en fonction des âges pour que la critique soit possible. Sinon, nous risquons d’avoir à faire à des êtres invertébrés, sans consistance, sans assise1 ».

 

Être invité.e à raconter son histoire encourage bien souvent les gens à participer à une discussion qui va au-delà de leur propre récit, de leurs propres émotions pour entrer progressivement dans l’analyse du pourquoi est-ce ainsi.
Confronté à des souffrances individuelles voire psychiques, l’animateur socioculturel devra dépasser les situations particulières et au travers d’un processus d’éducation populaire traduire avec les gens eux-mêmes, voire par ceux-ci, ces paroles en savoirs.


Cela nécessite de considérer l’autre comme son égal, se trouver des « lieux communs », aller chercher ensemble des personnes ressources, partager des clés d’analyse, déconstruire les représentations que nous pouvons avoir aussi comme professionnels, se confronter à l’ennemi, rendre lisible par d’autres et pour les autres ces situations sociales inacceptables que ce soit loger dans la rue, ne plus pouvoir se soigner, travailler jusqu’à l’épuisement, être déporté, ect
Cette « écriture » collective du social est faite d’inventions, de désaccords, de coopération, de conflits, de silences, de connivences, de doutes, de victoires, de désenchantements.

 

 

Atelier d’écriture au Pèlerin
Février 2018 – Collage de textes et d’images


J’ai attaqué la banque BNP Paribas Fortis avec mon téléphone portable alors que j’étais chez le coiffeur. Le poids le plus léger suffit parfois à rompre l’équilibre. Pour cesser d’avoir peur.

 

En voyant ce collage, je me demande qui est prêt à attaquer une banque tout seul ? De l’entarteur au lanceur d’alerte, est-ce qu’une lutte peut être individuelle ? Quelles sont les conditions pour entrer dans cette forme de résistance ? Et moi oserais-je ? Oserais-je désobéir ?

 

Par ailleurs, rencontrer l’autre, celui qui me raconte son quartier, sa famille, son errance ne me laisse pas indemne. Ce trouble, ce bouleversement, cet émoi me donne un premier signal. Certaines émotions me mettent en action, d’autres me clouent sur place.

 

En formation, nous invitons souvent les participant.e.s à utiliser leur colère comme entrée en action, « enragez-vous 2 » car une personne en colère est une personne qui n’a pas renoncé à la justice. On en appelle à l’engagement, à la volonté, à l’action.

Mais que fait-on de la peur, cette émotion pétrifiante qu’on éprouve face à une menace, un danger réel ou imaginé, ces trouilles qu’on tait au risque de s’enfermer dans des zones de non-dits. Or dénoncer des situations d’injustices, aller là où ça ne va pas n’est pas sans risques. Par ailleurs, selon les régimes démocratiques ou totalitaires, s’opposer, désobéir, résister est doublé d’une menace de punition ou de mort en cas de désobéissance, de résistance.

 

Comment travailler la peur ?

 

Lecture de Dynamiques sociales et formes de la peur de Denise Jodelet – Fragments de textes

https://www.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2011-2-page-239.htm

 

- Le partage social des émotions n’a pas seulement pour but de soulager les troubles liés à l’expérience émotionnelle mais est une voie d’accès à la connaissance de réalités construites socialement

 

- Parler de nos trouilles c’est parler de ce qu’on éprouve, nos sentiments d’impuissance, d’insécurité, ect mais c’est aussi et surtout parler des représentations que nous avons d’une réalité donnée. On peut avoir peur « de » quelque chose ou « de » quelqu’un ou on peut avoir peur « pour » quelque chose ou « pour » quelqu’un.

 

- Partager ces représentations que nous avons d’une réalité donnée nous permet de la« resignifier », quelles sont les conditions psychologiques et sociales de l’émergence de la peur ; décoder la façon dont les peurs sont manipulées et gérées; les formes sociales qu’elles peuvent prendre ; les conséquences sociales, à qui profitent-elles mais aussi remobiliser des capacités d’agir que nous avons eues dans d’autres expériences ; identifier les voies de résistance.

 

- En situation de crises, d’insécurité, d’absence d’imagination politique ou quand le savoir scientifique ne fournit pas de réponses rassurantes ou s’avère porteur d’incertitudes ou de menaces, comme c’est le cas pour les risques environnementaux, ceux du terrorisme ou de la globalisation, Denise Jodelet rappelle qu’une alternative est de faire appel au symbolique. Chaque groupe dispose d’un répertoire propre de représentations qui servent de symboles du mal, du diabolique, de la brutalité ou de la méchanceté. Cette dynamique met bien en évidence que la peur est articulée à des systèmes de représentations produits autour d’un enjeu défensif d’ordre territorial, identitaire et vital.

 

- La peur dépend donc de divers facteurs : l’identité de la personne qui a vécu l’épisode émotionnel, le destin commun des personnes associées à l’événement, le caractère inattendu ou nouveau de cet événement, le retentissement qu’il connaît dans la sphère publique et médiatique, l’usage fait du répertoire symbolique d’un groupe social donné.

 

- Les individus ont d’autres portes de sortie face aux risques qui les menacent que la passivité, la soumission à l’autorité et le repli sur soi. Cela passe par la force des idées, des représentations et des imaginaires qui donnent forme et matière à des visions alternatives.Tout se passe comme s’il n’existait ni réflexivité, ni capacité, ni médiations sociales qui puissent déboucher sur des actions individuelles et collectives.

 

- Riezler, qui avait lutté contre le totalitarisme, disait : Dans les cas concrets, la peur n’est jamais seule. Nous espérons toujours ne serait-ce que les choses que nous craignons n’arriveront pas. L’homme affronte sans peur un grand danger si la force de son désir, de son émotion, de sa passion anime son cœur. Quand ils sont en colère les hommes et les animaux sont aveugles au danger. L’espoir peut vaincre la peur. L’homme, joueur par nature, espère contre toute attente.

 

 

 

Agressions – Transgressions

 On constate que les inégalités explosent, il n’y a plus de commune mesure ; le sentiment d’impunité fait des ravages ; le contexte se durcit : l’étranger et l’habitant qui lui assure le gîte et le couvert sont criminalisés ; les arrestations dans les transports publics et dans les lieux de culture se succèdent, ect Que fait l’Éducation permanente ? Qu’est-ce qui fait que dans la sensibilité d’aujourd’hui l’éducation populaire ça ne dit plus rien ? Serait-ce daté ? Les termes ? Les méthodes ? A-t-on peur ?

Et dans le contexte social et politique actuel s’agit-il encore de « participer » ? A quoi ? Doit-on passer à autre chose ?

 

Participer

désobéir
s’opposer

résister

se rebeller

se révolter

 

Oser : rien de plus simple, rien de plus subversif 3

 

 

 

 

Claire FREDERIC

 

 

1. Martine Collin - parcours
2. Titre Festival Théâtre-action
3. Erik Rydberg